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Les béatitudes de Ravi Pangloss Éditions QUE - octobre 2004
« Les bilieux professionnels prétendent que tout va mal. Sans cesse, je les entends proférer des remarques amères sur le cynisme de nos contemporains, leur arrogance sans limite, leur folie consumériste, ainsi que sur la réduction de tout à la seule valeur de l'argent. Je ne les comprends pas. Vivons-nous dans des mondes si différents, eux et moi ? L'époque ne leur offre-t-elle vraiment aucune raison de croire en l'humanité nouvelle ? Moi, chaque jour qui passe m'en procure à foison. L'humanité est sur la bonne voie. Après des millénaires d'errance, d'injustices et de conflits, la voici enfin qui, touchant au but, aborde le temps du paradis sur terre. Tout, désormais, ira de mieux en mieux. Oui ! Oui ! Le Bien est inéluctable !… »
Pas candide pour un sou, Stefan Liberski dévore notre époque à la sauce Voltaire. Racine n'avait pas tout dit sur Bérénice. Pour être un bon snul on a intérêt à ne pas être nul au niveau du cortex. Le problème,c'est que la snullité occulte.Sa visibilité est telle qu'elle dérobe au regard les autres facettes de l'intéressé. La mésaventure est survenue à Stefan Liberski. On lui doit quelques livres, d'une manifeste qualité. Amélie Nothomb,qui a du flair comme on sait, avait remarqué « G.S., écrivain tout simplement », peut-être parce qu'il avait paru dans son écurie, Albin Michel. « Des tonnes d'amour » avait suivi,avec moins de retentissement : la snullité avait encore sévi. Il serait dommage qu'elle affecte « Les béatitudes de Ravi Pangloss »,qui nous vient flanqué d'un autre bouquin du même auteur, chez le même éditeur, « Le geste d'achat », une sorte de mélange adultère de tout. Dans ce « Geste d'achat », qui tient du florilège, l'auteur ne dissimule pas son plaisir d'envoyer paître les diktats du jour, notamment l'interdiction formelle de sortir de son couloir aérien. Il y fait feu de tous ses fers, ajoutant même à un ensemble déjà disparate mais riche en pépites (quelques succulentes critiques cinématographiques, par exemple, qui font regretter que Liberski ne persiste pas dans ce sens) un « bonus » qui est une sorte de fourre-tout dans le fourre-tout où se mêlent nouvelles, commentaires, aphorismes souvent d'une rare pertinence. Echantillon : La Belgique n'est pas tenue de se ressembler, et d'ailleurs elle ne ressemble à rien. C'est une liberté dont on ne mesure pas assez le prix. Mais la cerise sur le gâteau, c'est le divertissement voltairien auquel il nous convie avec « Les béatitudes de Ravi Pangloss ». Un monologue éblouissant, d'une incorrection politique patentée, où un adulateur niais de nos nouveaux conformismes se plaît et se complaît à se féliciter de vivre dans le meilleur des mondes possibles. Lové dans son douillet confort d'homosexuel homologué et homogénéisé, confit dans son petit train de vie qu'il juge de première classe, surtout enfoui dans son égoïsme qui frôle l'autisme, il fait le panégyrique des aliénations contemporaines qu'il vit comme autant d'émancipations. Même la guerre d'Irak le met en joie parce qu'elle « nous aura permis de retrouver très vite une splendide posture, celle d'opposants passionnés à la guerre ». Le tout est de passer souplement de posture en posture, « du moment qu'elle est avantageuse et sans risque (pour nous-mêmes) ». Liberski, on le voit, n'a pas perdu son temps en haute branchitude : il y a trouvé de quoi considérer notre temps de la juste altitude |